(+223) 20 29 80 86

contact@malimark.org

Sud du Mali: des intrants de qualité, des plateformes d’innovations et le warrantage améliorent la sécurité alimentaire et éducative dans les communautés agricoles

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
À gauche: M. Timothée Goita montrant la variété améliorée de sorgho Tiandougou coura et au milieu et à droite en compagnie de membres de sa famille.

Le Warrantage est un système de crédit d’inventaire adapté à la communauté rurale et aux familles de petites exploitations agricoles. L’objectif principal de ce système est d’améliorer l’accès des agriculteurs au financement et aux intrants agricoles. « Plutôt que de vendre leur grain sur un marché débordé à bas prix au moment de la récolte, dans le système du warrantage, les agriculteurs placent une partie de leur récolte dans un magasin local en échange d’un crédit. Le crédit leur permet de faire face aux dépenses urgentes post- récolte et de s’engager dans des activités génératrices de revenus pendant la saison sèche. Le grain stocké peut ensuite être vendu plus tard dans l’année à des prix beaucoup plus élevés, ce qui fait un meilleur profit pour les agriculteurs », explique le Dr Ramadjita Tabo, Directeur Régional de l’ICRISAT – AOC et spécialiste du système.

Suite à une expérience réussie du système warrantage il y a quelques années (de 2009 à 2012) dans le cadre du projet de microdosage des engrais financé par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA -microdose), l’ICRISAT a de nouveau conduit avec succès le système dans le cadre d’un autre projet financé par l’USAID pour la diffusion à grande échelle des technologies pour les systèmes de production sorgho et de mil (ARDT_SMS). L’ICRISAT doit ce nouveau succès à des plateformes d’innovation (PIs) créées dans le sud du Mali dans le but de pérenniser les acquis de ses interventions dans ces régions.

Des centaines d’organisations d’agriculteurs utilisent désormais le système de warrantage, qui les relie directement non seulement aux marchés mais aussi aux institutions financières. Timothée est l’un membre des membres les plus actif d’une plateforme d’innovation que le projet soutient dans la région de Sikasso. Après s’être fait enregistrer auprès du secteur agricole de Sikasso, Timothée a demandé à obtenir des semences de variétés améliorées de sorgho. Il s’attendait à ce que la nouvelle variété puisse l’aider à pallier au faible rendement résultant d’années de faibles précipitations et de sécheresse et il ne s’était point tromper. « Pendant les années de sécheresse, j’ai récolté à peine 600 kg par hectare de la variété locale cultivée. La nouvelle variété Tiandougou coura, m’a permis de récolter jusqu’à 1 500 kg sur la même zone », dit-il. Après la saison des cultures, un nouvel arrangement avec un service de microfinance intégré au système de warrantage lui permettra de vendre une plus grande partie de sa production à un bon prix et à un moment opportun.

M. Seydou Traoré, est le coordinateur d’une Plateforme d’innovation qui coordonne environ 11 magasins de warrantage. Il déclare que le système de garantie a permis à son organisation de stocker jusqu’à 156 tonnes de sorgho, 114 tonnes de mil et 56 tonnes de niébé en 2018. Pour accompagner le système de garantie, les agriculteurs ont été formés à la création de leur propre plan de commercialisation incluant comment obtenir et gérer un prêt auprès d’une institution de microfinance. La production des membres de la plateforme a été stockée en garantie d’un crédit alloué à chaque participant. De ce fait, de nombreux agriculteurs ont pu obtenir un crédit et ainsi pu entreprendre des activités génératrices de revenus tout en utilisant une partie de leur crédit pour répondre aux besoins quotidiens de leur ménage pendant la saison sèche car ils n’étaient plus obligés de vendre leurs produits à bas prix juste après la récolte.

Avec une quantité importante de produits stockés, les agriculteurs ont également découvert qu’ils constituaient un acteur clé du marché lorsqu’ils constituaient des ventes groupées de leurs productions. En 2019, les membres de la plateforme ont pu négocier le prix du sorgho jusqu’à 120 FCFA / KG (0,20 US $ / KG) et celui du mil pour 115 FCFA (0,19 US $) contre 85 FCFA / KG (0,14 US $) et 75 FCFA / KG (0,12 US $) précédemment. Le niébé a été vendu 275 FCFA (0,46 US $) contre 200 FCFA (0,33 US $) précédemment. Cela a rassuré de nombreux agriculteurs dans l’idée que le fait de s’organiser en groupe et en plateformes d’innovation pour pratiquer le système de warrantage leur donne une force de négociation sur le marché.

Encouragé par le système, Timothée entend poursuivre la production des variétés améliorées de sorgho et notamment sa préférée Tandiougou coura. Il entend prendre appuie sur le système de warrantage pour garantir sa production et obtenir plus de crédit. « Le premier avantage du warrantage est la sécurité alimentaire. C’est un système qui nous permet de mieux vendre notre récolte. Grâce aux variétés améliorées, au système de garantie dans les plateformes d’innovation organisées, j’ai acheté une charrue, j’ai construit une nouvelle maison recouverte d’une toiture en tôle à quelques kilomètres de mon village. Mes enfants vont bientôt y emménager lorsqu’ils entameront leurs études secondaires dans la ville. Ils n’auront aucun problème à trouver un logement », explique Timothée.

Avec les anciennes variétés et sans aucun soutien tel qu’une plateforme d’innovation ou un système de financement, M. Timothée Goita se rappelle qu’il lui était très difficile de couvrir les besoins alimentaires annuels de son ménage. « Je devais travailler comme manœuvre dans le domaine des autres ou émigrer dans une autre ville pour chercher à couvrir la moitié des besoins alimentaires annuels de ma famille. Maintenant, je produis suffisamment de nourriture pour nourrir ma famille toute l’année. Je peux me permettre d’offrir plus de 3 repas par jour à mes enfants. Les aliments à base de mil et de sorgho sont consommés en alternance avec le maïs, le niébé et d’autres produits pour apporter plus de diversité dans notre assiette quotidienne car, je peux vendre une partie de mon surplus pour acheter des aliments différents », dit-il.

Pourquoi, ai-je dû arrêter l’école pour prendre soin de ma famille
Qui a dit que si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance? C’est très vrai, mais de nombreuses personnes dans différentes régions du monde en développement n’ont toujours pas la possibilité de choisir. Dans la région de Sikasso au Mali, le coût du logement d’un élève et les frais de scolarité sont un luxe que la plupart des ménages agricoles ne peuvent offrir à leurs enfants. Très souvent, le chef de famille ne peut prendre en charge les frais de scolarité de tous ses enfants.

De gauche à droite: M. Seydou Dao et son parent qui a bénéficié d’une nouvelle moto issue des revenus de ventes de sorgho amélioré. A droite, M. Timothée Goita et sa fille Safiatou, devant la maison construite pour l’accueillir pour ses études secondaires dans la ville de Yorosso.

Seydou pense que l’avantage le plus important du système de warrantage est que de nombreux agriculteurs ont pu garder leurs enfants à l’école à mesure que la production augmentait, et qu’ils pouvaient stocker leur production contre un crédit. Quand il était enfant, Seydou a été contraint d’abandonner l’école parce que ses parents qui étaient aussi des agriculteurs utilisant des variétés locales à faible rendement n’avaient pas les moyens de payer ses frais de scolarité avec leurs revenus. Grâce à l’amélioration des variétés de sorgho, il a augmenté le rendement et ses revenus et il peut se permettre de payer les frais de scolarité de ses enfants. « En 2019, j’ai dépensé environ 80 000 FCFA (133,29 US $) pour payer les frais de scolarité de mes enfants. Cet argent provient de la vente de la variété de sorgho améliorée Jakumbe (CSM63E). Je regrette toujours le fait d’avoir dû abandonner l’école à un jeune âge. C’est une voie que je veux éviter à mes enfants ». Non seulement Seydou, mais de nombreux agriculteurs de la communauté ont des réussites similaires qu’ils attribuent à l’amélioration des variétés de sorgho et au système de crédit inventorié initié par les plateformes d’innovation.

Cette augmentation des revenus pourrait être un moyen d’attirer les jeunes vers l’agriculture et de les retenir contre l’exode rural. Lorsqu’il a produit 2 hectares de variété Sewa améliorée, Seydou a utilisé une partie de ses bénéfices pour payer à son jeune frère une nouvelle moto au prix de 600 000 FCFA (961,54 US $). Cette même moto est aussi utilisée comme moyen de mobilité pour tous les membres de la famille. Seydou se souvient que lorsque sa mère s’est sentie malade, la famille a pu l’emmener rapidement à l’hôpital à proximité en moto. Il a également acheté un nouveau vélo pour l’un de ses enfants pour lui permettre de parcourir plus facilement les 4 km qui le séparent de l’école chaque jour.

« J’encourage tous les producteurs à tester les variétés améliorées de sorgho. Ils ont contribué à augmenter mes performances et mes revenus », explique Seydou. « Si vous ne cultivez pas de mil et de sorgho améliorés et que vous ne participez pas au système de garantie, vos enfants n’iront pas à l’école. Participer au système de warrantage m’a beaucoup aidé. Cultiver de nouvelles variétés de mil et de sorgho a largement amélioré mon rendement et grâce au warrantage, je peux payer les frais de scolarité de mes enfants et à temps » conclu M. Timothée Goita qui vit dans le hameau agricole de Kafona (près de Yorosso, région de Koutiala).

Au total, 34 plateformes d’innovation (Sikasso 29 et Mopti 5) ont été initiées dans le cadre de l’approche warrantage du projet ARDT_SMS.

Source: ICRISAT

MALI MARK

MALI MARK

MALIMARK est une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui œuvre pour la promotion de nouvelles technologies de production agricole en renforçant le système des distributions des intrants agricoles et la lutte contre la sécurité alimentaire.

Laissez un commentaire